Venise: précurseur des modernes chaussures à semelle compensée

Mai 7, 2018 | curiosités et traditions vénitiennes, femmes, histoire, mode, société, visites guidées | 0 commentaires

Entre le XVème et le XVIIème siècle à Venise les chopines avec des coins extrêmement élevés, sont devenues populaires et l’on les connaît sous le nom de calcagnetti.

C’est une sorte de pantoufle qui se distingue par l’élévation de la semelle; semelle qui semble une sorte d’échasse et qui, à certaines époques, a atteint la hauteur remarquable de 50-60 cm.

image de l’hauter de calcagnetti

image de l’hauter de calcagnetti

 

 

 

pair de calcagnetti au Musée Correr - Venise

pair de calcagnetti au Musée Correr – Venise

 

Au début, l’histoire de cette chaussure découle sûrement de la nécessité de ne pas salir les vêtements avec de la boue, mais à Venise son utilisation est plutôt due à une forme d’ostentation.

A l’époque où cette chaussure unique se répandait, Venise était un centre de commerce et de grande richesse et le fait de porter ces chaussures était un moyen d’identifier la classe sociale du propriétaire: plus le coin était haut, plus la dame était importante, parce qu’ il fallait beaucoup plus d’étoffe pour faire arriver la jupe au sol.

Dames venitiennes avec des calcagnetti

Dames vénitiennes avec des calcagnetti

 

Dames venitiennes avec des calcagnetti

Dames vénitiennes avec des calcagnetti

 

un autre exemple de calcagnetti

un autre exemple de calcagnetti

 

Bien que les calcagnetti étaient complètement cachés des vêtements, ils étaient richement décorés. Habituellement, c’étaient des coins en liège ou en bois et recouverts de cuir, de brocarts ou de velours, parfois parsemés de bijoux et souvent – même si ce n’était pas une règle fixe – ils s’assortissaient de la robe portée par la dame.

calcagnetto decoré

calcagnetto decoré

Sûrement grâce à ces coins les dames de l’époque ont gagné des centimètres de hauteur; Tommaso Garzoni, en 1585, affirme qu’en Piazza San Marco « … nous pouvons voir des naines transformées en géantes ».

Dames avec des calcagnetti

Dames avec des calcagnetti

Mais on ne peut certainement pas dire qu’elles se déplaçaient gracieusement et avec grâce. Celles qui les portaient n’avaient aucune stabilité et pouvaient à peine marcher seules dans les rues vénitiennes; pour cela il fallait l’aide d’un ou deux domestiques qui soutenaient la dame. Malgré les regards et les rires amusés de nombreux étrangers, les calcagnetti étaient portés avec fierté.

En 1430, le Maggior Consiglio essaya de les interdire car les chutes des calcagnetti pouvaient provoquer des fractures et des avortements. Il limita la hauteur vertigineuse à 8 cm (comme un haut talon moderne) mais cette règle n’a pas été observée jusqu’à arriver ainsi à porter des chaussures de 50 cm.

Calcagnetti decorés

Calcagnetti décorés

Il semble que les maris étaient favorables à l’utilisation de ces chaussures car elles limitaient à la fois le risque de sortir trop souvent et aussi le risque de trahison lorsque les marchands étaient à l’extérieur de Venise. Il semble que même le clergé approuvait les calcagnetti parce qu’ils limitaient les mouvements et décourageaient les activités considérées coupables comme la danse.

À Venise, toutes les femmes portaient les calcagnetti, les prostituées aussi bien que les femmes nobles. La dogaressa Morosina Morosini en est un exemple: en 1597 à l’occasion de l’élection de son mari, elle se présente à la cérémonie avec 145 dames, toutes portant ces chaussures.

La mode s’étendit même à l’extérieur de Venise où les calcagnetti étaient appelés chopines et commençaient à ne plus être à la mode au XVIIe siècle.

Marta Gabassi
BestVeniceGuides
www.thinkvenice.com