La Venise secrète de San Nicolò dei Mendicoli

Août 31, 2018 | curiosités et traditions vénitiennes, histoire, peinture, société, Venise insolite | 0 commentaires

Saint Nicolas, évêque de Myra en Lycie, étant le saint patron des marins, le jour de sa fête, le 6 décembre, était à Venise particulièrement célébré.

Une des églises les plus anciennes de Venise lui fut dédiée, San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants). Cette église, fondée selon la tradition au VIIème siècle par les habitants de Padoue fuyant les Lombards, doit son nom de Mendigola au fait que l’île sur laquelle elle fut construite était habitée par des pêcheurs, qui plutôt pauvres, étaient réduits à la mendicité.

 

San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants)

San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants), Venise

Les notices les plus anciennes se référant à la construction de l’église remontent au XIIème siècle. Certains éléments architectoniques de cette période sont encore clairement visibles, comme son porche particulier.

porche particulier de l’église de San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants), Venise

porche particulier de l’église de San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants), Venise

Si de l’extérieur l’architecture en est relativement simple, l’intérieur frappe par la somptuosité de sa décoration: à la fin du XVIème siècle l’église fut lambrissée de bois doré et décorée de sculptures et d’un cycle de peintures, attribuées à l’atelier de Véronese.

l’intérieur de l’église de San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants), Venise

l’intérieur de l’église de San Nicolò dei Mendicoli (Saint Nicolas des Mendiants), Venise

Nous ne pouvons qu’imaginer l’impact économique que constitua le coût de cette décoration pour une population aussi pauvre!

A la fin du Moyen Age Venise fut divisée en deux factions en proie à une très vieille rivalité se traduisant régulièrement en bagarres que la République s’efforçait de contrôler pour éviter qu’elles ne dégénèrent. Une des deux factions prit le nom des habitants de ce quartier et fut donc appelée Nicolotti, les autres Castellani.

le deux factions. Grevembroch

les deux factions. Grevembroch

Pour se distinguer les premiers portaient un béret noir tandis que les autres arboraient une coiffure rouge. Ils se défiaient sur des ponts bien précis de la ville, le plus célèbre en étant le bien nommé Ponte dei Pugni (le Pont des Coups de Poings).

Ponte dei Pugni (le Pont des Coups de Poings), Venise

Ponte dei Pugni (le Pont des Coups de Poings), Venise

 

Ponte dei Pugni (le Pont des Coups de Poings), Venise

Ponte dei Pugni (le Pont des Coups de Poings), Venise

Les tableaux représentant ces joutes, que l’on peut voir dans certains musées vénitiens, sont particulièrement intéressants: c’étaient de véritables spectacles auxquels assistait la population confortablement installée à son balcon, bien à l’abri des habituelles querelles qui ne manquaient de s’inviter à la fête, dont l’issue parfois tellement violente, amena la République à les interdire.

Joseph Heintz, 1673

Joseph Heintz, 1673

Les Nicolotti avaient également le privilège de se réunir en assemblée pour élire le Gastaldo, appelé le Doge des Nicolotti.

Après son élection le Gastaldo se rendait au Palais des Doges où il rencontrait solennellement le Doge. Le jour de l’Ascension, fête la plus importante du calendrier civil de la République, le Gastaldo suivait le Doge sur sa propre embarcation, symboliquement attachée au majestueux Bucentaure, bâtiment de parade dont on se servait à Venise pour célébrer la cérémonie des Epousailles du Doge avec la mer.

Mais l’intérêt de cette partie du sestiere de Dorsoduro ne se limite pas à son seul passé: lorsqu’on se promène dans les rues, outre des édifices d’époques différentes, du XVème au XVIIIème siècle, on peut noter des exemples intéressants d’architecture industrielle, comme l’ancienne filature de coton construite dans l’île de Santa Marta, juste de l’autre côté du pont qui la sépare de l’église de San Nicolò: cette partie marginale de la ville fut l’objet entre la fin du XIXème et la première moitié du XXème siècle d’importantes interventions urbanistiques à visées industrielles, à haute densité populaire, converties récemment en campus universitaire (l’ancienne filature devenue l’IUAV, Ecole d’architecture de Venise).

l’ancienne filature de coton

l’ancienne filature de coton

Une Venise encore vivante et authentique se laisse découvrir aux détours des rues de ce quartier protégé, par son relatif éloignement, de l’afflux des touristes mais qu’un amoureux de Venise ne peut ignorer pour en parfaire sa connaissance.

Nadia Mazzon
BestVeniceGuides
nadia.mave@gmail.com