Aucun habitant ou visiteur de cette ville d’eau charmante et unique ne peut résister à la fascination de la gondole, embarcation la plus évocatrice de l’histoire et de la vie de la Sérénissime République de Venise.

Eh bien oui, car de ce lieu suspendu dans le temps il n’y a pas que l’histoire, mais aussi le souvenir bien vivant d’une vie insouciante, de fêtes, de bals, musique, femmes et jeux de hasard !!!

Mais Venise est surtout une ville d’eau, un enchevêtrement de canaux peu profonds où la gondole, depuis toujours, glisse silencieusement vers des destinations mystérieuses.

MAIS LA GONDOLE A-T-ELLE TOUJOURS ETE COMME NOUS LA VOYONS AUJOURD’HUI ?

Voilà une question qu’on nous pose tout le temps (« nous » c’est-à-dire nous, les guides de Best Venice Guides, vénitiens, spécialisés, passionnés de notre ville).

La réponse est: non ! La structure de la gondole a évolué dans le temps et la façon la plus simple de le comprendre est de regarder des images.

Suivez-moi dans cette petite excursion dans les tableaux de peintres célèbres en voyageant de 1400 jusqu’à nos jours.

Vettore Carpaccio, La légende de Sainte Ursule, Galeries de l’Accademia de Venezia

Vettore Carpaccio, La légende de Sainte Ursule, Galeries de l’Accademia de Venezia

Regardons le détail de ce tableau de Victor Carpaccio, « Les Histoires de Sainte Ursule », aujourd’hui à l’Accademia de Venise: nous sommes à la fin du XVème siècle et les gondoles n’ont pas encore toutes les caractéristiques d’aujourd’hui: elles n’ont pas le ferro (partie en fer typique) ni à la poupe, ni à la proue; elles ont une petite structure centrale pour protéger de la pluie ou du soleil, le felze. La proue est allongée et plate, de façon à ne pas glisser en montant sur la gondole, puisqu’autrefois on y montait par l’avant et non sur le côté. Le gondolier rame souvent seul et se tient debout à la poupe qui d’ailleurs est très petite.

G.B. Angelo del Moro (détail), Musée Navale, Venise

G.B. Angelo del Moro (détail), Musée Navale, Venise

Dans la deuxième moitié du XVIème siècle, on peut déjà remarquer des changements: la poupe se recourbe vers le haut, on voit le « ferro » aussi bien sur la partie antérieure que postérieure de l’embarcation, et de forme presque identique. La forme de la gondole est plus allongée et légèrement fuselée, mais toujours symétrique, souvent il y a deux gondoliers. Dans la structure couverte on aperçoit les bancs pour s’asseoir. Le tout est encore très rudimentaire.

Joseph Heinz le Jeune, Musée Correr, Venise

Joseph Heinz le Jeune, Musée Correr, Venise

Au XVIIème siècle l’évolution continue: les deux « ferri » sont plus grands, presque identiques et s’enrichissent de sortes de clous décoratifs. La proue n’est plus plate mais inclinée (à cette époque on monte dans la gondole par le côté). La partie postérieure de l’embarcation est plus grande pour garantir un plus grand espace de manœuvre au gondolier, mais les deux parties antérieure et postérieure se recourbent davantage vers le haut. Les décorations pour le « felze » et les tissus de damas sur les bancs sont plus nombreuses: la gondole devient un symbole de statut social du propriétaire, ce qui fait intervenir la « Magistratura alle pompe » qui est l’institution gouvernementale chargée du contrôle des dépenses excessives dans un moment de grave crise économique pour la ville, et qui impose de nettes limitations dans les décorations des gondoles.

Canaletto, collection privée

Canaletto, collection privée

 

Bernardo Bellotto, Le rio dei Mendicanti et la Scuola Grande di San Marco, 1740, Galeries de l’Accademia, Venise

Bernardo Bellotto, Le rio dei Mendicanti et la Scuola Grande di San Marco, 1740, Galeries de l’Accademia, Venise

Au XVIIIème siècle, la gondole apparaît presque comme nous la connaissons aujourd’hui, à quelques différences près : elle est encore symétrique ; il n’y a plus le « ferro » de poupe, et celui de proue est beaucoup plus grand, mais avec les mêmes caractéristiques. Le «felze» a une structure plus robuste, mais simple. La gondole est très sobre dans les décorations: seules celles des ambassadeurs ou des hôtes étrangers étaient richement décorées.

Photo, archives Naya

Photo, archives Naya

Au XIXème siècle, en plus des tableaux on commence à voir des photos de gondoles. Le « felze » désormais est fixe, et a une petite porte d’accès et des fenêtres sur les côtés. Le « ferro » antérieur est plus petit qu’au XVIIIème siècle, et le « ferro » de poupe a une forme de boucle. La NOUVEAUTE est que quelques « squeraroli », les constructeurs de gondoles, commencent à la construire asymétrique.

Squero di San Trovaso (chantier de gondoles), Venise

Squero di San Trovaso (chantier de gondoles), Venise

La grande différence entre la gondole d’aujourd’hui et celle du passé est son emploi : les Vénitiens ne l’utilisent plus pour leurs déplacements quotidiens (on va à pied), mais elle est utilisée par les visiteurs pour voir Venise sur l’eau. Le « felze » gênait donc la vue et a été éliminé.

Elisabetta Ferrari
BestVeniceGuides
www.bestveniceguides.it

 

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