Giovanna Gradella
Article de Giovanna Gradella

Les Galeries de l’Accademia

Il existe au moins trois bonnes raisons de visiter ce musée: l’art, l’histoire, la ville.

Il ne s’agit donc pas seulement d’évoquer la plus importante collection de peintures vénitiennes au monde mais également, et principalement, de parler du passé de Venise. Cinq siècles de peinture, de panneaux, de toiles, de traits de pinceaux et de glacis mais surtout des images qui, au-delà des iconographies, révèlent ou cachent des vies, des visages, des histoires personnelles, des échanges entre des cultures différentes à travers les voyages des marchands, des peintres et de leurs œuvres. De la trame de ces témoignages visuels émerge, en filigrane, le portrait d’une Venise qui peut sembler assez proche de celle d’aujourd’hui par son architecture mais qui, de par son identité culturelle, est absolument unique.

L’objectif de ce post est de tracer un aperçu rapide des principales œuvres conservées dans le musée.

Les bâtiments

Les bâtiments portent déjà en eux l’histoire du musée. Ils nous parlent de différents styles et fonctions mais aussi d’une modification de leur affectation, opérée dans le cadre des suppressions napoléoniennes, qui en change la destination d’usage et les rend communicants. Le musée est, en effet, aménagé dans des bâtiments ayant été respectivement une église gothique, une Ecole (Confrérie laïque) datant de la fin du Moyen-Age puis remaniée au XVIIIe siècle et un couvent du seizième siècle. Giannantonio Selva puis Carlo Scarpa en harmoniseront plus tard les espaces et les relieront entre eux.

Galeries de l’Accademia, façade
Canaletto, Eglise et Ecole de la Charité. détail

Mieux que tout autre témoignage, le peintre Canaletto nous propose cette vue du Grand Canal quelques décennies avant sa transformation: naturellement, il manque le pont (le premier pont de l’Accademia sera construit par les autrichiens au dix-neuvième siècle) et le complexe de la Charité est encore intact avec son campanile et les vieilles façades de l’église et de l’Ecole.

La collection: des origines au seizième siècle

Au premier étage du musée sont conservées quelques-unes des œuvres majeures de la peinture vénitienne. En entrant dans la Salle du Chapitre nous pouvons découvrir de splendides polyptyques du XIVe siècle, sur fond d’or, d’influence clairement byzantine mais déjà pleinement vénitiens dans la richesse des couleurs qui deviendra par la suite la marque de fabrique des peintres de Venise.

Lorenzo Veneziano, Polyptique Lion, détail

La première Renaissance fait son entrée à Venise grâce au génie de Giovanni Bellini. Dans les salles qui suivent, certaines de ses œuvres, comme le Retable de Saint Job ou les nombreuses Madonne, ouvrent la voie à une nouvelle dimension plus humaine de la peinture, parfois intime, faite de lumière et de couleur, de glacis chromatiques et d’applications méticuleuses, baignée dans des atmosphères vénitiennes qui, sans renoncer à la tradition, s’ouvrent déjà aux idées nouvelles provenant de la terre ferme et d’outre-alpes.

Giovanni Bellini, Le Retable de Sain Job
Giovanni Bellini, La vierge aux arbrisseaux

Dans les salles voisines, Cima da Conegliano, Marco Basaiti, Vittore Carpaccio puis Giorgione et Tiziano prolongent et enrichissent le chapitre inauguré par Bellini. Une salle, en particulier, rend hommage à Giorgione en regroupant certains de ses chefs-d’œuvre comme La Tempête et La Vieille, deux œuvres d’une grande intensité visuelle riches en références intellectuelles, alors que les œuvres de Tiziano Vecellio, peintre officiel de la République de Venise, ont été installées dans des salles différentes en fonction de leur période de composition. Une parmi toutes, la Pietà, œuvre conçue comme son propre cénotaphe, résume de manière emblématique – à travers ses touches dégradées et presque monochromes, son architecture et les détails de sa composition – la grandeur de ce célèbre interprète de la Renaissance vénitienne.

Giorgione, La tempête
Tiziano Vecellio, La Pietà

Les cycles picturaux de la Scuola Grande di San Giovanni Evangelista et de la Scuola di Sant’Orsola constituent un chapitre en soi. Véritables récits en images, épisodes de vies et de miracles de saints reproduits sur la toile avec la grâce et la profusion de détails que l’on trouve encore entre le XVe et le XVIe siècles.

Carpaccio, Miracle de la relique de la Croix au pont du Rialto, détail

Un autre artiste doté d’une forte personnalité et déjà pleinement maniériste est le Tintoretto. Parmi les nombreuses œuvres exposées aux Galeries, des portraits puissants et de grandes toiles exécutées pour la Scuola Grande de San Marco laissent bien imaginer l’effet que pouvaient avoir ces scènes visionnaires sur ses concitoyens.

Tintoretto, San Marco libère un esclave

La grande salle qui accueille Le Repas chez Levi de Paolo Veronese est un hommage rendu à l’artiste après sa mort. Avec sa mise en scène monumentale en trompe-l’œil et son atmosphère mondaine, l’œuvre nous transporte vers la fin du siècle dans une Venise marquée par les bouleversements politiques de l’époque et en particulier par la Contre-Réforme. Les drapés ainsi que la grâce et la vivacité des portraits de Saintes et de Nobles Dames connaîtront un vif succès au XVIIIe siècle et marqueront leur époque.

Veronese, Repas chez Levi, détail

Les Nouvelles Galeries: le XVIIe et le XVIIIe

De nouveaux salons, qui intègrent et complètent la vue d’ensemble de la peinture à l’époque de la République, ont été inaugurés au rez-de-chaussée, en 2021. Au XVIIe siècle, aux côtés des Ecoles qui s’inspirent de Bellini et de Tiziano, de nouveaux noms « étrangers», provenant de Gênes, de Rome, de Naples mais aussi de Padoue et des Flandres, font leur apparition dans la ville. A travers le collectionnisme vénitien d’un côté et la nécessité de renouvellement de l’autre, passent, en laissant leur trace, de grands peintres comme Bernardo Strozzi, Luca Giordano et Gianbattista Langetti. C’est ainsi que Venise, elle aussi, s’ouvre au néo-caravagisme.

Bernardo Strozzi, Portrait de Giovanni Grimani
Luca Giordano, La déposition du Christ, détail

Le XVIIIe siècle, au contraire, retrouve une empreinte totalement vénitienne avec les Tiepolo, les Guardi, les Longhi, des familles qui créent de véritables entreprises de peinture mais qui savent encore inventer et interpréter, avec des traits de génie, le grand siècle marquant la fin de l’histoire de la République.

Gianantonio Guardi, Erminia et Vafrino rencontrent Tancredi blessé
Pietro Longhi, Le tailleur

La visite des Galeries se termine par quelques modèles en plâtre d’Antonio Canova en ouvrant une fenêtre sur le XIXe siècle et sur notre histoire récente.

Giovanna Gradella
BestVeniceGuides
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Pour une visite approfondie des Galeries, contactez Giovanna Gradella à giovanna@touringvenice.com